L’espace d’un instant, en m’inspirant des différents témoignages d’enfants que j’ai pu rencontrer au Mexique, j’ai voulu m’imaginer être une enfant de la rue pour démonter que c’est une réalité injuste qui touche plus de 45 millions d’enfants au Mexique. Des enfants abandonnés, maltraités, en marge de la société qui trouvent refuge dans la rue, un refuge qui à court terme les aide à fuir une vie difficile mais qui se transforme vite en un piège infernal de l’exclusion sociale.
Ce n’est donc pas un conte de fée mais une simple adaptation de la réalité, dans laquelle j’ai la chance de choisir mon sort tout en sachant qu’à la fin de l’histoire je sortirai de ce rôle pour reprendre ma vie normale, loin de la rue et de ses méfaits…
Commencer par « il était une fois » serait trop facile, il s’agit donc d’aller directement à une époque ; choisissons 1988, l’année de mes huit ans. J’habite à Guadalajara, dans un petit pavillon avec mes parents et mes deux frères. Je suis la cadette, et avec mes deux frères José (12 ans) et Cristian (10ans), nous formons un trio inséparable. Tous les jours, c’est la même routine : on va à l’école le matin et l’après-midi, après nos devoirs, nous allons jouer avec les autres enfants de notre quartier. Mon grand frère s’occupe de nous car ma mère, droguée, se désintéresse de nous, et mon père, qui depuis peu a perdu son travail, est de plus en plus violent à notre égard. Un jour, nous décidons de nous échapper de ce quotidien qui devient insupportable et nous partons pour l’inconnu, pensant trouver la vie parfaite. Notre escapade dans les rues commence et nous rencontrons de nombreux enfants qui deviendront au fil des jours nos amis. Nous avons tous un point commun qui est le rejet de sa propre famille. Par contre nos profils différent : Maria (12 ans) qui a été abandonnée à la naissance par sa mère, se faisait violer par son père adoptif et d’autres membres de sa famille. Juan (13 ans), maltraité par ses parents vit dans la rue depuis plusieurs années maintenant et commet des vols pour s’acheter sa drogue. Les jours passent et nous sommes toujours dans la rue. Certains de nos amis ont disparu : son- ils retournés dans leur famille ou sont-ils morts ? Nul ne le sait et cela ne semble intéresser personne. Pour manger, nous sommes obligés de mendier aux feux de signalisation, mais aussi de chercher dans les poubelles des restes de nourriture. Un homme me propose de vendre des bonbons aux passants et quant à mes frères, ils décident de laver les pare-brises. Ceci nous permet de nous acheter quelques friandises. Toujours sans nouvelle de nos parents, à croire qu’on ne comptait vraiment pas pour eux. Les années passent et nous sommes toujours dans la rue. Cristian est parti vivre dans un autre coin de la ville, avec son petit groupe d’amis. Allons-nous le revoir ? Survivra-t-il, seul dans cet environnement infernal. Peu à peu, avec José, nous adoptons les mêmes comportements que nos amis et nous devenons ainsi dépendants de la drogue. Pour se la procurer, nous réalisons de plus en plus de vols à l’étalage. José a été arrêté par la police et moi je me retrouve seule. Que vont-ils lui faire ? Où est-il ? Ce sont des questions qui restent sans réponse et je me demande ce que je vais devenir…
Là, tout de suite, maintenant, je préfère reprendre le contrôle de mon imagination pour éviter une fin tragique à cette enfant. Tel un roman, je préférerais que tous les trois se retrouvent et reprennent le droit chemin pour réintégrer la société et connaître à leur tour le bonheur et la joie de vivre. Mais est-ce une réalité ou plutôt ma réalité ? Mon rôle dans cette histoire a certes été le plus agréable, car il est toujours plus facile d’analyser les situations de pauvreté autour de nous quand nous ne sommes pas dans le besoin, encore faut-il être conscient de la chance que nous avons. Heureusement que de nos jours, de plus en plus de personnes s’investissent dans cette cause à travers la création de foyers, une assistance médicale et psychologique…
Et nous aussi, nous voulons faire partie de ce combat, à notre manière. Nous savons que nous ne pourrons pas sauver tous les enfants du monde, mais nous pouvons contribuer à l’amélioration de leur quotidien grâce à notre implication et notre programme d’insertion professionnelle destiné à ces pitchouns. Pour que nos efforts aboutissent, nous avons aussi besoin de vous !
Chacun peut venir en aide à notre association, nous recherchons des personnes motivées, prêtes à s’impliquer dans une cause sociale et pleines d’idées pour que notre projet se concrétise. Alors n’hésitez pas à nous contacter, tout simplement.


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